Gaétan tire les rideaux. Lumière et nuages. Poumons contents et corps reposés. Ici, l'air est frais et vivifiant. Finie la lourdeur. Tout semble plus clair, plus aérien. Il faut dire que Dalat est à 1500 mètres d'altitude tandis que Hué était presque au niveau de la mer à proximité.

De la chambre, j'aperçois la tour Eiffel. Oui oui oui, Dalat n'est pas prénommée pour rien Le petit Paris! Elle a sa tour Eiffel style personnel, avec une boule au mitan de sa hauteur et, au sommet, battant au vent de la liberté communiste (hum!), un immense drapeau national, étoile jaune sur fond rouge.

Toilette matinale achevée - je suis de plus en plus habile à mettre mes verres de contact d'une seule main - et atelle bien installée à la jambe par Gaétan (merci, Trésor!), on part à la découverte de la ville.

Ça monte et ça descend. Ça tourne et ça Y à tout bouts de champs. Dalat est une ville «musique», par opposition à «mathémathique». Les quadrilatères ne sont pas carrés mais psychédéliques. Ville en courbes, elle serpente dans tous les sens avec un lac qui attire l'oeil en bas de la pente où nous marchons, moi accrochée comme un hameçon au bras de Gaétan, lui solide sur ses deux pattes. On fait équipe pour écrire notre histoire sur la portée de Dalat... pendant que notre estomac, lui, s'écrie tout court!

On a l'embarras du choix; hôtels et restaurants modernes et anciens, vietnamiens et européens se succèdent à intervalles rapprochés. On repère une terrasse avec chaises et tables blanches... on traverse la rue, descend quelques marches, en remonte quelques autres, s'installe à une des tables en surplomb d'une rue passante qui se faufile en direction du lac.

Curry aux légumes et poisson vietnamien sont délicieux. On poursuit notre exploration. Rue après rue, on évolue entre trottoirs, motos, passants, autos. On voyage en échelle et serpent, sillonne des rues commerçantes, lions un peu connaissance avec François et Jacquie, deux Français qui nous font viter leur chambre d'hotel de luxe. On continue de préférer la nôtre. Bon signe!

Sur le chemin du retour, on s'arrête dans une boutique de lunettes. Gaétan s'étant assis par mégarde sur ses lunettes de lecture, elles sont tellement crochies qu'elles en deviennent presque une menace pour sa vision. En deux temps trois mouvements, il passe un examen de la vue et achète des montures résistantes, classiques et délicates qui lui font bien. L'optométriste - homme d'âge honorable et d'expérience - lui dit que ses lunettes seront prêtes dans une heure et que le tout (examen, monture, verres) lui coûtera 12$. Quand je pense au coût des lunettes chez nous... et au délai pour les avoir...!